L'élégance du hérisson

de Muriel Barbery

Quand j'avais une dizaine d'années j'avais une peur bleue de notre concierge Mr Keller, un gros costaud chauve comme Yul Brinner(c'est à dire chauve comme tous les chauves). Il apparaissait lors de nos parties de foot sur les pelouses de notre ensemble et nous nous enfuyions comme une volée de moineaux , terrorisés à l'idée de finir dans ses serres. Parfois notre ballon finissait dans sa loge.
Je ne suis jamais entré dans cette loge et j'aurais peut- être surpris notre brave homme plongé dans "Méditations cartésiennes - Introduction à la phénoménologie".
 En plus mon concierge devait avoir des origines allemandes et pourquoi donc n'aurait-il pas philosopher? Philosophe il devait l'être car nous n'avons jamais renoncé à nos parties de foot ni à nos jeux de cache -cache dans les caves, les jardins, les parkings... 
Ne vous méprenez pas , je n'habitais pas dans un grand immeuble cossu de Paris mais dans un ensemble d'immeubles construits à la fin des années 60 (68 69). La concierge de "l'élégance du hérisson "officie 7 rue de grenelle à Paris, elle a 54 ans , elle vit seule, elle est laide, peu aimable, enfin c'est ainsi qu'elle se décrit, l'archétype de la concierge.
mais elle lit, elle lit encore et encore et elle s'émoustille devant "mort à Venise" , vénère Ozu,  admire Kant, mais exècre la télévision : "la télévision beuglait des insanités pour cerveaux de praires" ...
Pour Husserl, après quelques hésitations, Renée décide de s'en passer:  une philosophie autiste.
Renée vit seule mais vous rencontrerez aussi les employeurs de cette concierge et leurs enfants et Paloma une petite fille de 12 ans, surdouée, amoureuse du Japon, lucide si lucide qu'elle décide d'en finir avec la vie dans quelques mois, le jour de ses 13 ans.
Et puis arrive un homme, un japonais M Kakuro et...
Lisez ce roman, ne renoncez pas en lisant certaines critiques de ce livre ...oui certains personnages  sont caricaturaux, oui la critique des élites est facile, consensuelle, oui cette concierge est désagréable et la petite Paloma une enfant gâtée mais Muriel Barbery met en scène des personnages qui vous feront rire et pleurer, des personnages qui ont "des pensées profondes", des personnages qui vivent, qui traquent "des instants qui meurent, les toujours dans le jamais " 
Vous partagerez le plaisir de l'auteur pour des moments de vie, pour le beau, pour la pluie d'été, pour les bouleaux, pour Blade Runner, pour Purcell et Mankell et vous vous servirez d'une tapette à mouches  autrement  ; avec philosophie.

Dès la fin du roman, (qui m'évoque lumière noire de Daeninckx) vous rechercherez vos phrases préférées ...
Une de celle que je préfère :

"L'enfant débile était devenue une âme affamée "
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